Maria Fernanda Ordoñez Pinzon

Engallada - Kawin

Performance

KA’WIN, dispositif performatif de Vicente Lesser Gutierrez.

Place des Volontaires / Rond-Point de Plainpalais, Genève, Suisse.

Performance 30’

2025

Présentée dans le cadre de KA’WIN, le dispositif sculptural et performatif de Vicente Lesser Gutierrez développé pour l’espace public de la Ville de Genève dans le cadre du concours « De l’art dans l’espace public », et activé à cinq reprises dans différents lieux de Genève au cours de l’année 2025.

Engallada

J'aime le cercle comme dispositif scénique.
J’aime les possibilités d’ouverture du regard, comme une sorte de regard périphérique.

J’aime comment cet espace circulaire ouvre aussi des possibilités pour celles et ceux qui regardent.
Vous êtes en train de m’observer, ou c’est moi qui vous observe ?
Comme s’il s’agissait d’un panoptique.
Et que depuis là, j’observe chacun de vos gestes.

De toute façon, on est déjà observé·es de partout.

J’aime bien comment les spectateur·rice·s pensent parfois qu’on ne les regarde pas quand on est en train de jouer ou de performer. Iels oublient qu’on est là aussi, à les regarder.
Que c’est un échange.

Et que tout ça parle toujours du moment présent, de pourquoi on se retrouve ici, maintenant, ensemble.

De ce qui fait que vous et moi, on se regarde dans les yeux à cet instant précis, même si tout indiquerait que je ne devrais pas être là, face à vous.

De toute façon, c’est toujours une bonne occasion de se regarder droit dans les yeux, surtout dans l’espace public.

Avis de perturbation, une manifestation autorisée est en train d’arriver, vous pourriez être légèrement dérangé·es.

D’où je viens, les manifestations dans l’espace public sont très présentes. Présentes à cause de la précarité, présentes à cause des dynamiques sociales, présentes parfois à cause des politiques publiques, présentes aussi à cause des violences.

J’ai grandi avec le clown du quartier qui annonçait les déjeuners avec son mégaphone.

Avec des voix omniprésentes, des voix qui n’avaient pas besoin de techniques vocales pour s’amplifier et remplir l’espace public.

Ces voix répétitives, qui annoncent, qui crient, qui proclament.

Et qui devenaient un paysage sonore.

Un paysage sonore qui commence à déranger les voyageur·euse·s, celles et ceux qui veulent multiplier leurs silences.
Multiplier leurs esthétiques douces, silencieuses, propres. Pulcres.

Un espace public avec d’autres notions du mouvement et de l’espace.

J’aime observer les dynamiques sociales de l’espace public. Observer comment les corps circulent, quelles sont leurs intelligences corporelles, quelles chorégraphies se génèrent, et quelle est la conscience sensorielle de cet autre corps avec lequel, par les temporalités de la vie, on croise.

J’aime regarder.
Regarder comment marchent les corps qui peuvent circuler librement à travers le monde.

*

Ce cercle, cette roue de la fortune, me fait penser à une arène de combats de coqs
Vous avez déjà vu un combat de coqs ?
Une bataille qui ressemble à un combat de chiens, à une architecture ministérielle, à un congrès.

Une fois, quand j'étais petite, on a dû garder un coq de combat à la maison pendant quelques jours. Il était enfermé dans son cercle de métal. Un gros coq, avec des pattes immenses, qui bougeait d’un côté à l’autre, prêt à attaquer. Personne n'osait sortir le voir. Nous, on le regardait par la fenêtre, terrifié·es. Il sentait, il percevait chacun de nos mouvements.